LES ACTIONS SUR LE TERRITOIRE

 

 

INTERVENTION DE CATHERINE QUÉRÉ

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

JEUNES AGRICULTEURS 17

 

VENDREDI 26 FÉVRIER 2010 - SAINTES

 

 

Je vous remercie de m’avoir invité et c’est avec un réel plaisir que je participe fidèlement tous les ans à vos Assemblées Générales. Cette réunion est l’occasion de faire le point sur l’année passée et bien sûr d’anticiper et de prévoir les campagnes à venir.

 

Tout d’abord, faisons un rapide bilan sur les productions de l’année 2009 ; « Annus Horribilis » comme aurait dit la Reine d’Angleterre.

 

·       Les céréales : du blé à un prix juste et équitable… telle est la revendication majeure des producteurs de grains français qui sortent d’une année catastrophique avec des prix inférieurs à ceux d’il y a 30 ans. Les exploitations de grandes cultures constatent amèrement un revenu négatif pour l’année 2009.

 

·       Dans le domaine de l’élevage bovin viande, la crise du revenu qui touche les éleveurs depuis déjà 3 ans perdure entrainant un lent déclin de la production de viande bovine qui va se poursuivre en 2010 paradoxalement assorti d’une hausse du déficit de viande en France et en Europe. Une grande morosité règne dans cette filière qui regrette notamment l’impuissance de l’Observatoire des prix et des marges à donner davantage de transparence à la filière bovine. Il est impossible d’avoir les prix sortie industrie, les entreprises refusant de communiquer leurs données. Le pouvoir politique se retranche derrière l’Observatoire pour que les producteurs aient un os à ronger mais l’administration est incapable d’avancer des chiffres.

·       Quant aux laitiers, chacun connaît leur désarroi car leurs actions de désespoir allant chez certains jusqu’à la destruction de leur production ont été largement médiatisées. La fin de campagne 2009 – 2010 va être très difficile à passer économiquement car les revenus touchent le fond. Même si on observe une légère remontée des cours, on reste bien en dessous du prix d’équilibre moyen (325,00 € / tonne) nécessaire pour faire face aux charges et se retirer un maigre salaire. A part un plan de relance, aucune remise en cause du modèle agricole, pourtant le Parlement européen a estimé que les mesures prises ou envisagées par la Commission pour faire face à la crise sont insuffisantes. Une majorité de membres s’est prononcée pour un réajustement des quotas selon les besoins. De plus, un audit de la Cour des Comptes pointe les risques d’une libéralisation du secteur laitier. Plus de 10 % des exploitations laitières de Charente-Maritime sont en train de disparaître. Le système actuel d’intervention publique devrait être plus réactif, plus permanent et accroître les quantités pouvant entrer dans les frigos publics car c’est le moyen le plus approprié de se prémunir contre la volatilité des prix en cas de crise.

 

 

·       Quant à nos productions viticoles, vins de pays, pineau, cognac, l’année 2009 a été très dure car sous couvert de Santé Publique, les agressions contre nos produits se sont multipliées. Dans le cadre du financement de la Sécurité Sociale les droits et taxes ont fortement progressé et cerise sur le gâteau sont automatiquement actualisés chaque 1er janvier. Nous avons évité le pire avec la Loi Bachelot HSPT qui projetait d’interdire la vente et la dégustation de nos produits dans de nombreux lieux, une vigoureuse réaction des Parlementaires de régions viticoles a permis d’éviter le pire. Notre pineau est aujourd’hui 63 fois plus taxé que ses concurrents comme le martini et voit ainsi ses parts de marché se réduire, malgré cela, il a subi une nouvelle hausse de taxes au 1er janvier 2010 passant à 233,00 € par hl contre 3,00 € par hl pour le martini. Devant cette fiscalité exorbitante et discriminatoire, les producteurs ont entamé une grève de non paiement partiel des taxes. Cette augmentation du 1er janvier a été la goutte de pineau qui a fait déborder le vase. Je ne vous parlerai pas des 620 viticulteurs qui avaient perçu des aides en 1999 et 2000 pour restructurer le vignoble (le cognac étant en crise, il s’agissait d’arracher des cépages cognac et de les remplacer par des cépages vins de pays) et bien, en toute simplicité, le Gouvernement leur en demande aujourd’hui le remboursement. Nos producteurs de vins de pays charentais ont échappé de peu à une aberration, la possibilité de fabriquer du vin rosé à partir d’un mélange de vin rouge et de vin blanc, à quoi auraient servi les efforts considérables d’amélioration des méthodes de vinification de qualité ??? La Commission européenne a finalement reculé. Une autre grave menace pèse sur nos exploitations viticoles, en effet, cette même Commission européenne prévoit à l’échéance 2015, la libéralisation des droits de plantations de vignes. Vous pourriez donc planter de la vigne sans être détenteur de droits de plantation comme si vous plantiez des choux. Vous imaginez aisément qu’il en serait fini de notre AOC cognac et de notre IGP vin de pays charentais. Il a aussi fallu s’adapter et mettre difficilement en place l’affectation parcellaire qui décide au début de chaque campagne de la manière dont sera menée chaque parcelle en fonction de sa production future. Le syndicat des vins de pays a subi un grand bouleversement puisque les vins de pays charentais sont devenus IGP avec tous les changements que cela implique pour les producteurs et le syndicat. L’INAO devient le nouvel organisme de tutelle. Le recul des ventes de cognac pèse lourdement sur les cours des vins et eaux de vie même si le recul des ventes est moindre que pour nos collègues de champagne ou du bordelais.

 

 

Voici un rapide tour d’horizon de nos principales productions charentaises maritimes, il est certes incomplet car il y manque la viande porcine, ovine, les volailles qui souffrent également.

 

Maintenant, si vous le voulez bien, parlons un peu de l’avenir, PAC et Loi de Modernisation Agricole. Alors que la prochaine réforme de grande ampleur de la PAC est prévue pour 2013 avec une baisse annoncée de près de 40 % du budget, le projet de Loi de Modernisation de l’Agriculture présenté le 13 janvier par le Ministre Bruno LE MAIRE était très attendu. Le monde agricole, dont le moral est au plus bas, avec des revenus qui ont baissé de 30 à 50 % en 2009 espérait un texte ambitieux et innovant. Le projet gouvernemental n’est absolument pas à la hauteur ; avec ce projet « fourre-tout », le monde agricole fonce à toute allure et sans protection dans le mur de l’après PAC 2013. Le Gouvernement affiche dans ce texte sa vision de l’économie agricole privilégiant le libéralisme au détriment de la gestion publique. Avec la contractualisation, le projet du Gouvernement généralise le principe d’une gestion privée des volumes et des prix sans aucune régulation publique de l’offre. Or on sait qu’un tel système favorise tous les déséquilibres et fragilise les producteurs. Aucun dispositif n’est envisagé pour améliorer vraiment la transparence de la formation des prix et des marges, essentiellement de la grande distribution, car ceux de la production eux sont on ne peu plus limpides. Ce projet ne porte pas de mesures d’abaissement des charges, pas de simplification des innombrables contraintes qui pèsent sur les agriculteurs. Cette loi entérine également le passage de l’assurance publique à l’assurance privée pour la gestion des risques en agriculture, l’État se dérobe de son devoir de solidarité nationale et le débat portera sur la capacité des agriculteurs à s’assurer seuls avec un éventuel abondement de l’État, le fonds national de garantie des calamités agricoles disparaissant. Pour résumer d’un mot cette loi dite de modernisation agricole, je vous dirais « grandes annonces, petite loi ».

 

2009 a été une année de croissance à deux chiffres pour la production et la consommation bio. Malgré un contexte de crise économique, la production et la consommation de produits bio ont continué de se développer fortement en 2009 ; 300 agriculteurs en moyenne se sont convertis chaque mois en bio. Les productions de lait, viande, vins et grandes cultures (céréales, pommes de terre, etc…) sont en fort développement. Il faut relativiser car le bio aujourd’hui ne correspond encore qu’à 2,5 % de la surface agricole française, mais l’objectif du Grenelle de l’Environnement de cultiver 6 % de la surface agricole utile en 2012 pourra certainement être tenu. Je sais la faculté d’adaptation qu’à toujours eu l’agriculture française et je vous fais entière confiance, vous les forces vives de l’Agriculture d’aujourd’hui, pour rebondir malgré les difficultés actuelles, le travail ne vous fais pas peur, mais vous avez besoin de lisibilité et de justes prix pour vous aider à passer cette période difficile.

 

Vous avez un dur métier, mais un beau métier, car vous avez la noble tâche de nourrir les hommes.

 

 

Je vous remercie de votre attention.

   

 

 

 

 

Participation à une campagne d’affichage contre le Sida

avec le Bureau Information Jeunesse

et la Mission Locale de la Saintonge.